La Ferme du Bec Hellouin est d’abord une histoire d’amour avec la Nature. Nous l’avons créée en 2004, pour notre famille, dans l’intention de nourrir nos enfants avec des plantes saines, du travail de nos mains. Au fil des ans, l’aventure nous a entraînés bien plus loin que nous ne l’imaginions : c’est ainsi que fin 2006 nous avons pris le statut d’agriculteur. Et l’aventure, à titre professionnel a démarré.

Nous avons connu des univers bien différents avant de devenir agriculteurs. Perrine a découvert très jeune le monde des sportifs de haut niveau, avant de devenir une brillante «business women», en charge du service juridique d’une entreprise en Asie. Mais cela ne la satisfaisait pas du tout et, à 30 ans, elle a renoncé à cette carrière dorée pour venir à ce qui lui correspond vraiment. Sans renier pour autant ces expériences. Son premier livre «La relaxation en famille» apporte des conseils à tous ceux et celles qui ne peuvent se permettre de vivre, comme nous, un retour à la terre. Aujourd’hui elle consacre du temps à l’accompagnement des porteurs de projets afin que d’autres fermes s’inspirant des principes de la permaculture voient le jour.

Charles est depuis longtemps engagé dans la protection de l’environnement. Il a sillonné le monde à bord de son voilier école Fleur de Lampaul pendant deux décennies et partagé la vie de nombreux peuples autochtones : Indiens d’Amazonie, Aborigènes, Papous, tribus africaines…, sur lesquels il a réalisé une soixantaine de documentaires et écrit de nombreux livres. Son roman «La femme feuille» est une synthèse des enseignements reçus en partageant la vie de ces peuples. Ces expériences de vie en accord intime avec la nature l’ont beaucoup marqué et la Ferme du Bec Hellouin en est le fruit direct. L’esprit des Amérindiens souffle dans notre verte vallée, du moins nous l’espérons !

Ces années ont été indéniablement bien plus difficiles que prévu. Nous étions très naïfs en nous lançant et ne mesurions pas l’écart qu’il y a entre mener un grand potager familial dans un projet d’autonomie alimentaire, et vivre du métier de maraîcher en produisant 12 mois sur 12. Nous nous sommes lancés dans l’aventure sans aucune formation agricole et avons dû faire à peu près toutes les erreurs possibles… C’est épuisant ! Faute de préparation, la belle aventure s’est souvent transformée en parcours du combattant et le rêve d’harmonie a failli virer au cauchemar, tant le chemin a été émaillé de moments de découragement et de scènes de ménage !

Mais nous avons survécu et notre naïveté a eu au moins un mérite : n’étant absolument pas formatés par le système agricole dominant, nous avons suivi notre cœur et mis toute notre énergie à chercher des pratiques agricoles qui nous plaisent vraiment, qui nous correspondent. Voyages, formations, lectures, recherches sur internet, rencontres, échanges nous ont menés à la permaculture et à d’autres influences, comme celle d’Eliot Coleman ou celle des anciens maraîchers du XIX°, que nous essayons de synthétiser.

Lorsque nous avons découvert la permaculture fin 2008 nous nous sommes engagés à fond dans cette voie, avec d’immenses satisfactions. Le jardin mandala, les îles-jardin et notre première forêt-jardin ont été réalisés dès le premier hiver ! N’est-ce pas une chance incroyable, après avoir passé tant d’années à l’école des peuples premiers, que de pouvoir utiliser, dans nos pratiques de paysans du XXI° siècle, des techniques qu’ils ont inventées depuis la nuit des temps, comme la forêt-jardin et la culture sur buttes ? Des solutions simples et naturelles qui peuvent changer en profondeur l’usage que nous faisons de la planète ?

En engageant notre ferme dans la voie de la permaculture, nous étions loin de nous douter qu’en France très peu de fermes produisaient réellement en appliquant ses concepts. A l’étranger elles semblent rares également. Nous voulions rester discrets, faire nos preuves avant de nous exposer au regard des autres… Cela n’a pas vraiment marché ! Dès 2010 la ferme a été repérée par des personnes intéressées par une agriculture naturelle et par les médias : les sollicitations ont commencé à pleuvoir… A force d’entendre les retours positifs exprimés par nombre d’agronomes et de spécialistes du potager sur la productivité de nos jardins – productivité qui n’était pas le résultat de nos compétences, car nous étions encore relativement débutants, ni d’une fertilité exceptionnelle du sol, puisque les conditions pédologiques sont plutôt défavorables – nous avons commencé à réaliser tout le potentiel d’une approche permaculturelle.

Ajoutons à cela les résultats du programme de recherche mené de 2011 à 2015 en partenariat avec l’INRA et AgroParisTech « Maraîchage biologique et performance économique » qui ont confirmé l’efficacité de ce type de maraîchage très intensif, sur petite surface : la vocation de ferme expérimentale est devenue évidente ! Il a fallu dès lors faire le grand écart en permanence entre le métier de maraîcher, si prenant, nos expériences de terrain, toutes ces sollicitations et visites, l’organisation des formations et la vie de famille… Fort heureusement, s’est créée autour de la ferme une grande équipe, une grande famille devrais-je dire, tant de salariés que d’intervenants ponctuels, sans qui rien n’aurait été possible.

Les formations sont nées de ces années de tâtonnements. Nous avions le désir d’explorer une agriculture capable de nourrir l’humanité sans détruire la planète. Ayant survécu à grand peine au parcours du combattant qu’a représenté l’installation comme paysans bio, nous voulions imaginer et proposer les formations que nous aurions rêvé de trouver en nous lançant… Faciliter le grand saut pour d’autres, favoriser l’émergence d’un nouveau type de fermes vraiment vertueuses d’un point de vue environnemental et sociétal. Les fermes et les paysans de demain ?

L’aventure aujourd’hui bien entamée est racontée dans notre ouvrage « Permaculture – Guérir la Terre, nourrir les Hommes », ne fait pourtant que commencer. Rien n’est gagné et, dans un sens, la médiatisation de la ferme rend les choses plus difficiles. Mais par quel autre moyen faire avancer des concepts novateurs ?

Quant aux techniques que nous utilisons et aux concepts qui nous guident dans la compréhension du fonctionnement de l’éco-système, nous les synthétisons actuellement dans un ouvrage dont la publication est prévue en octobre 2018.